La sagesse de l’homme des cavernes…

Au moment d’écrire ses lignes, le printemps est arrivé depuis quelques semaines et la neige a fondu. On y découvre ce qu’il y avait en dessous : détritus et parfois des matières fécales de pitous! Ces jours-ci une matière mal odorante a été mise à jour.

Quelques mètres à l’ouest de l’église de la Visitation, un espace a été acquis par un particulier. Ainsi, le secteur adjacent à l’église et à la rivière des Prairies risque d’être grandement modifié par un projet immobilier privé. Quel est ce projet ? Il est fort probable qu’il ne s’agisse pas d’une tour à logements/condos ou d'une maison style bunker de millionnaire. Mais nos voisins américains savent que l’avarice et la bêtise peuvent triompher (Trump). Alors, la vigilance est de mise.

Les berges de la rivière des Prairies devraient servir à autre chose qu’à la rentabilité à court terme. Ce n'est pas imaginatif et porteur. Ces lieux devraient servir à la collectivité. Être un lieu de socialisation. Étant donné la composition culturelle de la population de Montréal et du secteur, un lieu de rencontre serait beaucoup plus « rentable »! D’ailleurs, les gens d’autrefois ne se rencontraient-ils pas devant le parvis de l’église ?

Oui, je rêve. Je suis un « pelleteux » de nuages! L’être humain n’est pas une machine. Même l’homme des cavernes à trouvé important de s’entourer de « beau » en peignant les parois de ses cavernes.

L'arrondissement connaissait les intentions des soeurs de la  Miséricorde de vendre cette propriété. Le terrain a été vendu. C’est un fait.  Il n’y aura pas de parc ou autre type de lieu public. Il reste à savoir si on voudra s’entourer de « beau » ou si la médiocrité vaincra ? Un projet privé peut tenir compte du paysage des lieux. Le paysage est un élément de « beau ». Ce  paysage fait parti de notre patrimoine collectif. Nous avons le droit de réclamer mieux! 

Les arrondissements qui bordent le boulevard Gouin ont créé « Le parcours Gouin » : un projet de mise en valeur du patrimoine naturel et historique.  Ça doit vouloir dire quelque chose ? Ou est-ce une manoeuvre de mise en valeur foncière du secteur ? La rivière des Prairies est indissociable au boulevard Gouin. Sans la rivière, le boulevard Gouin n’est plus le même. Sans la rivière, "Le Parcours Gouin" perd son sens. Sommes-nous en train de laisser un projet d’un particulier gruger une partie de notre patrimoine ?

Bien sûr que chaque centimètre des berges ne peut pas être protégé. Mais ici, il ne s’agit pas de n’importe quelle parcelle de terre! Ce lieu est l’épicentre de l’histoire du nord-est montréalais. C’est ici que les sulpiciens installent une mission de conversion dans le Fort Lorette en 1696. La mission quitte pour Oka en 1721. Dès lors, un village, une communauté, une vie prennent forme : construction de moulins dans les années 1720; l’établissement d’un chemin public (Gouin) dans les années 1730; création d’une paroisse en 1736 et construction de l’église de la Visitation en 1751…il s’agit de la plus ancienne restante de Montréal et la dernière à être construite au Québec sous le régime français. Le lieu est chargé d’histoire.

 

Sur le site du Fort Lorette, on retrouvera ensuite au 19e siècle, la maison Saint-Janvier qui était un lieu de retraite pour les religieux. D’ailleurs, l’évêque Ignace Bourget vient s’y retirer jusqu’à son décès. Puis, il y avait la crèche Saint-Paul tenue par les sœurs de Miséricorde. Le projet domiciliaire est prévu sur ce site. Le sol contient assurément des vestiges très révélateurs sur l’histoire de la région.

  Apprenons nous de l'histoire ?  J'ai d'immenses doutes parfois. Au 19e siècle, le principe d’aménagement urbain « City Beautiful », « Cité Jardin » en français, a été compris, accepté et appliqué! On peut  allier prospérité et qualité de vie. Un espace bien planifié incluant une bonne qualité de vie est une plus-value. Au 21e siècle, doit-on réexpliquer des choses qui ont été comprises au 19e siècle ?

La course à la rentabilité foncière à court terme n’est pas un projet de société et est une forme d’avarice qui conduit parfois au triomphe de l’ignorance et de la bêtise. Ce genre de mauvais choix d'aménagement laisse des traces, des cicatrices devrait-on dire, sur plusieurs générations. En creusant davantage, on découvrira peut-être la sagesse de l’homme des cavernes. Car même lui savait que l’on peut s’entourer de « beau ».

 

Crédits photos :

Fond Société d’histoire du Sault-au-Récollet

 

 

Mai 2017