Histoire de la rue Sainte-Catherine ou d’un centre-ville à l’autre…

Les premiers segments de la rue Sainte-Catherine sont ouverts au milieu du 18e siècle qui se reliera tronçon par tronçon à travers le temps. De petit chemin de campagne, elle deviendra une grande artère commerciale.

Chronologie de l’ouverture de la rue Sainte-Catherine :

1758 à 1788 de Sanguinet à Saint-Alexandre

1820 à 1866 de Saint-Alexandre à Atwater et de Sanguinet à de Lorimier

1860 à 1890 de Atwater à Victoria et de Lorimier à du Havre

1890 à 1910 de du Havre à Vimont

 

Elle s’étend aujourd’hui sur 11 km.

 

Au cours du 18e siècle, elle se nomme Sainte-Geneviève et Saint-Gabriel. Le nom Sainte-Catherine s’impose au début du 19e. Puis, le raccordement entre les divers tronçons est envisagé vers 1820 afin de relier les faubourgs Saint-Laurent et Québec.

 

Le faubourg Saint-Laurent se développe à l’extérieur de la vieille ville avec l’ouverture du Chemin Saint-Laurent en 1717, l’actuel boulevard Saint-Laurent. Des chemins perpendiculaires seront créés puis lotis comme la rue Sainte-Catherine.

 

Les origines du nom de cette artère demeurent à ce jour un mystère. Nous pouvons que spéculer. L’une d’elles est qu’elle aurait été nommée en l’honneur de l’une des belles-filles du premier maire de Montréal, Jacques Viger. On suggère aussi que c’est pour honorer la fête de la Sainte-Catherine le 25 novembre de chaque année.

 

Le 8 juillet 1852, la cheminée d’une forge s’enflamme et met le feu dans un grenier rempli de foin. Le vent se lève et propage le feu dans les faubourgs où les constructions sont en bois. Le faubourg Saint-Laurent situé entre les actuelles rues Saint-Laurent et Saint-André est frappé de plein fouet.

 

La limite est du faubourg Saint-Laurent sera ramené de la rue Saint-André à Saint-Denis. À l’est, c’est le faubourg Saint-Jacques. La Cathédrale Saint-Jacques érigée en 1825 est rasée suite l’incendie de 1852. 1000 maisons disparaissent, ces maisons des faubourgs seront remplacées par des édifices à deux ou trois étages aux toits plats en mansardés.

Maisons des faubourgs

 

Le diocèse de Montréal est créé en 1836. Denis-Benjamin Papineau cousin du premier évêque Jean-Jacques Lartigue lègue une terre pour l’érection de la cathédrale en 1825. Elle est reconstruite en 1857 suite à l’incendie par Victor Bourgeau. Un autre incendie frappe cinq mois après sa reconstruction…puis une autre fois en 1933. La paroisse Saint-Jacques ferme dans les années 1960. Elle est démolie lors des années 1970 à l’exception de sa façade, son clocher et son transept sud qui seront intégrés au campus de l’UQAM.

  

 

 

 

 

En 1871…

Le faubourg Saint-Louis compte 15 000 habitants.

Le faubourg Saint-Jacques compte 17 000 habitants.

 

La Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes (430 Sainte-Catherine est) est érigée en 1876 par Napoléon Bourassa. Napoléon est le père du fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa. Il épousa la fille de Louis-Joseph Papineau. Il a formé de grands artistes tels que Louis-Philippe Hébert et Olindo Gratton. La chapelle est dédiée à la vierge Marie dont une statue domine la façade extérieure. Elle dessert ces dernières années un secteur marqué par la pauvreté et la solitude.

 

La bourgeoisie canadienne-française quitte le Vieux-Montréal pour s’installer sur les rues Saint-Denis et Saint-Hubert entre les squares Viger et Saint-Louis. La rue Sainte-Catherine dans ce secteur compte principalement des commerces de proximité. La rue Saint-Denis est la rue importante avec la cathédrale qui est le lieu de culte de cette élite. La rue Sainte-Catherine compte une présence de plusieurs institutions religieuses.

(Saint-Denis / Sainte-Catherine vers 1910)

 

Le faubourg Saint-Laurent est très achalandé au milieu du 19e siècle. On note une grande présence d’institutions religieuses comme l’Académie du Plateau puis l’Institut et l’Asile Nazareth (éducation et soins des aveugles) situé entre  les rues Saint-Urbain et Jeanne-Mance.

 

(Asile Nazareth)

 

Les magasins de détails ou « dry goods » déménagent et suivent leur clientèle dans les faubourgs.

 

Le faubourg Saint-Antoine est à l’ouest de la rue Saint-Alexandre où on y trouvait que des fermes et champs. De riches commerçants anglophones comme les Mc Tavish, McGill, Frobisher, etc. achètent de ces terres. À l’ouest de la rue Guy, les terres appartenaient aux Sulpiciens. Ce faubourg est le dernier à se développer et on y trouve peu ou pas d’ouvriers contrairement aux autres faubourgs.

 

L’espace manque dans la vieille ville pour des grandes constructions.

 

La mise en chantier d’un aqueduc en 1853 aura un effet d’attraction dans le faubourg Saint-Antoine.

 

Les hommes d’affaires propriétaires des terres dans le faubourg Saint-Antoine choisissent un lotissement issu d’une nouvelle tendance, le « Newtown d’Édimbourg » : Grandes et longues rues bordées d’élégantes demeures en rangée munies d’une voie de service à l’arrière.

 

Les maisons construites sont des « terrace houses » : maisons unifamiliales en rangée identique en ensemble de 6 à 8 maisons. À partir de 1870, le style « terrace houses » est délaissé. Elles sont toujours en rangée, mais ne sont  plus identiques. C’est aussi la période de l’apparition de la villa : grande maison isolée entourée d’un jardin.

(Sainte-Catherine hiver 1868-1869)

 

Le quartier Saint-Antoine attire l’élite commerciale et industrielle. On le surnomme le « Square Mile » puis le « Golden Square Mile ».

 

On y compte plusieurs lieux de culte importants comme la Cathédrale Christ-Church construite en 1859 puis l’église Saint-James érigée en 1889. Elles sont séparées par le Square Phillips créé en 1842 sur des lots donnés par Thomas Phillips afin développer ses lots avoisinant. Le square sera un lieu paisible jusqu’à l’arrivée des magasins comme Birk’s et Morgan.

 

La Cathédrale anglicane Christ-Church est la seconde cathédrale. Une première est érigée de 1805 à 1821 près de la Place d’Armes qui sera incendiée en 1856. La seconde cathédrale est construite sur une terre donnée par Thomas Phillips. Elle est une réalisation de style néo-gothique de l’architecte Frank Willis. On lui ajoutera des pilotis en 1988 pour l’ouverture des Galeries de la Cathédrale.  À l’arrivée des anglicans à Montréal en 1760, ils utiliseront les églises catholiques. Ils utiliseront une ancienne chapelle des Jésuites jusqu’en 1803. Une première église Christ-Church est construite en 1820 sur la rue Notre-Dame et disparaît suite à un incendie en 1856. On a dû retirer le clocher de l’actuelle cathédrale en 1927 en raison de son poids et une république en aluminium est installée en 1940.

 

                                (Mise sur pilotis en 1988)

 

Une première congrégation méthodiste est fondée à Montréal en 1803. L’église Saint-James est la quatrième de la congrégation. Elle était à son ouverture en 1889, la plus grande église méthodiste au Canada avec ses 2000 places. Cette congrégation est très active dans la vie sociale. Ces membres ont combattu l’esclavage dans l’Empire britannique. La célèbre abolitionniste, Harriett Beecher Stowe y prononce un discours en chaire. Elle est de style néo-gothique et fut l’œuvre de l’architecte Alexander Francis Dunlop. En 1926, la fabrique éprouve des ennuis financiers et loue une partie de son terrain en bordure de la rue Sainte-Catherine où s’érigera un édifice commercial qui vient masquer sa façade. En 2005, on démolit l’édifice commercial et l’église retrouve enfin sa façade.

 

(Église Saint-James avec et sans l’édifice commercial)

Le « Art Gallery » est inauguré en 1879 à l’angle de Sainte-Catherine et du Square Phillips. Il déménage en 1912 sur la rue Sherbrooke pour devenir dans les années 1960, le Musée des Beaux-Arts.

(Art Gallery)

 

En 1860 à l’angle Sainte-Catherine et University, on érige pour la venue du Prince de Galles le Crystal Palace. Il est une réplique de celui de Londres. Il est démonté en 1878 et est déménagé sur le terrain de l’exposition (l’actuel Parc Jeanne-Mance). Il disparaît suite à un incendie en 1896.

(Crystal Palace)

 

Le quartier Saint-Antoine aura ses commerces de proximité pour sa population.

 

Le Village de la Côte Saint-Antoine naît en 1879 et devient Westmount en 1895.

 

La rue Sainte-Catherine atteint l’extrémité est dans Hochelaga et Maisonneuve au début du 20e siècle. On trouve une zone industrielle dans sa partie ouest. Puis, des édifices à logements et commerces de proximité.

 

La rue Sainte-Catherine est en terre battue avant 1840. Son revêtement est en macadam au milieu du 19e siècle. Elle est asphaltée au début 20e siècle. Elle est illuminée par un éclairage électrique à partir de 1896.

 

En 1864, un tramway hippomobile est instauré sur Sainte-Catherine entre les rues de Bleury et de la Montagne. Le service est électrifié en 1892 et s’étend de la rue du Havre à Greene.

  

 

L’ère des grands magasins arrive avec les années 1890. Les grands magasins sont l’évolution des magasins de détails et « Dry goods ». On y trouve des rayons pour divers items. Ils comptent plusieurs étages. Ils s’installent à l’origine sur les rues Saint-Jacques et Notre-Dame puis s’établiront sur Sainte-Catherine.

 

Les grands magasins se distinguent des anciens magasins par la taille de l’édifice : vastes, grandes vitrines, plafonds hauts, escaliers majestueux… On y met en scène la marchandise. Les visiteurs déambulent et ils vivent une expérience. Des lieux de repos sont aménagés pour prendre un thé ou un repas. Le magasin devient un lieu de destination. Les grands espaces permettent aux marchands d’acheter en grande quantité et à bas prix. Ils utilisent un nouvel outil : le catalogue.

 

Les grands magasins n’auraient pu ouvrir quelques décennies auparavant, car la ville n’était pas encore assez populeuse. La population en 1851 est de 50 000 habitants et de 250 000 habitants en 1891.

 

Les grands magasins sont un phénomène possible grâce à plusieurs facteurs qui se conjuguent ensemble : la production industrielle de masse; le réseau du chemin de fer pour l’écoulement de la marchandise; le tramway donne accès aux magasins; naissance de la presse à grand tirage lors des années 1880 et son usage des publicités…

 

Le magasin Morgan qui était situé sur la rue Saint-Jacques près du Square Victoria ouvre ses portes sur la rue Sainte-Catherine le 25 avril 1891. La presse décrit le magasin lors de cette ouverture : "...boiseries en chêne, marbre blanc, ascenseurs, téléphone, éclairage électrique…". Ce déménagement est qualifié de visionnaire et osé. Morgan ajoute une annexe de cinq étages en 1900 puis une autre en 1905.

 

 

D’autres suivent Morgan… Murphy, Scroogie, Goodwin, Carsley…

  

 

Les magasins anglophones s’installent entre le Square Phillips et de la Montagne.

 

Le début du 20e siècle est l’arrivée des torontois : Robert Simpson achète Murphy en 1905 (977 Sainte-Catherine ouest – actuel emplacement de Simons).

(Magasin Simpson – 977 Sainte-Catherine ouest)

 

Henry Birks ouvre sa bijouterie sur Saint-Jacques en 1879.La bijouterie Birks s’installe ensuite sur Sainte-Catherine à l’angle du Square Phillips en 1894. L’architecte Edward Maxwell érige un édifice en grès rouge de cinq étages. Henry Birks après avoir terminé ses études en 1856 passe quelque temps à Rivière-du-Loup pour perfectionner son français. Il travaille pour des grandes maisons d’horlogers et de joailleries avant d’ouvrir sa première boutique. L’entreprise devient « Henry Birks & Fils » en 1893. Depuis, nous en sommes à la cinquième génération de Birks.

 

Nazaire Dupuis fonde « Dupuis Frères » en 1868. Il s’installe à Montréal avec sa famille à l’âge de 21 ans en 1864. Rapidement le succès est au rendez-vous! Il traverse l’océan à plusieurs reprises pour établir des contacts avec des industriels anglais. Nazaire Dupuis s’éteint à l’âge de 32 ans en 1876. La succession familiale assure la relève et le magasin s’installe à l’angle Sainte-Catherine et Saint-André en 1882.

   

     Nazaire Dupuis                             Dupuis Frères en 1877                             Dupuis Frères en 1910

 

Edmonds Archambault ouvre un comptoir de partitions de musique pour pianos en 1896. Il s’installe à l’angle Saint-Denis en 1899. Il offre des pianos puis des studios et une salle de concert. Il déménage en 1930 dans un nouvel édifice de six étages de style Art-Déco à l’intersection de la rue Berri. Ce bâtiment est la réalisation de l’architecte Raoul Gariépy à qui l’on doit le Théâtre Rialto. Vente à Québecor en 1995.

  

 

Magasins de meubles, pianos, orfèvrerie… De plus en plus de gens fréquentent la rue Sainte-Catherine! Elle est devenue un vrai bazar. On y trouve de tout.

 

À la fin du 19e siècle, Montréal compte de multiples boutiques de vêtements spécialisés, de nombreux ateliers de confections et se généralise le prêt-à-porter.

 

La rue cossue et résidentielle devient commerciale au début 20e siècle. La partie ouest est plus opulente et  anglophone.  On ne compte qu’un seul grand magasin à l’est et plusieurs petits commerces. L’est est francophone. À proximité du boulevard Saint-Laurent, on trouve des commerçants juifs.

 

Eaton fait l’acquisition du magasin Goodwin et s’installe en 1925. Eaton crée un somptueux restaurant de style Art-Déco au 9e étage en 1931. Lors de la fermeture en 1999, le restaurant et son mobilier sont classés monument et bien culturels.

    

(Magasin Eaton en 1927)

 

Morgan ajoute une annexe de huit étages sur la rue Union en 1923.

 

Fondé en 1866 par James A. Ogilvy, le grand magasin Ogilvy s’installe sur Sainte-Catherine en 1896 puis au 1307 Sainte-Catherine ouest en 1908. Ogilvy ajoute en 1928 un cinquième étage dont la salle de concert, le Tudor Hall.

   

 

 

 

Lors des années 1920, les vitrines deviennent plus grandes. Les magasins engagent du personnel pour leur aménagement.

 (Vitrine de chez Ogilvy)

 

Dupuis Frères s’agrandit à l’arrière du côté nord en 1923. Il affirme son identité canadienne française avec son slogan « Le magasin du peuple ». Le magasin possède un catalogue et une section pour les membres du clergé. Le magasin se donne une nouvelle façade en 1937. L’entreprise emploie environ 1500 personnes lors des années 1950. Le déclin de l’entreprise débute avec la grève de 1952. Un lockout en 1976 et des ennuis financiers mènent à la faillite de l’entreprise et à sa fermeture en 1978.

(Dupuis Frères en 1939)

 

 

Le chapelier « Henri Henri » ouvre en 1932 au 189 Sainte-Catherine est. Il est la plus grande chapellerie au Canada. On y vend des chapeaux pour hommes, femmes et adolescents. On lui doit l’expression de hockey « Tour du chapeau ». On offrait un chapeau à tout joueur qui marquait trois buts lors d’une même partie au Forum de Montréal.

 

Les grands magasins organisent des défilés de mode, des concerts, des expositions…

 

L’alternance des saisons rythme la vie de ces magasins dont Noël en est le point culminant. Dès le début du 20e siècle, on organise le défilé du Père Noël. Ces magasins misent sur d’autres fêtes religieuses comme Pâques  et la Première Communion.

 

Cette période est celle aussi des magasins à bon marché communément appelés « 5 – 10 – 15 » comme Woolworth et People.

 

Après la 2e guerre mondiale, la population de l’agglomération montréalaise augmente. L’économie prospère. La clientèle se déplace dorénavant en voiture. On érige des stationnements entre Sainte-Catherine et Maisonneuve. Ces années sont l’apogée des grands magasins qui ouvrent des succursales dans les banlieues.

 

Sainte-Catherine ouest est largement unilingue anglophone jusqu’aux années 1960.

 

Morgan est vendu à La Baie en 1960 et conserve le nom « Morgan » jusqu’en 1972 pour devenir « La Baie ».

 

Les années 1960 sont l’apparition des tours à bureaux qui possèdent des boutiques au rez-de-chaussée. Pour les grands magasins, il s’agit d’une nouvelle concurrence avec les centres commerciaux des banlieues.

 

Les activités économiques et de gestions, cols blancs, quittent la vieille ville au début du 20e siècle pour s’établir sur Sainte-Catherine avec des activités de fabrications.

 

Une nouveauté apparaît, le siège social. Une entreprise s’installe dans un édifice de prestige qui sera un symbole. La compagnie Sun Life emploie vingt personnes en 1890 puis 3000 quarante ans après. Les cabinets de comptables, notaires, avocats (…) s’agrandissent et se multiplient.

 

L’ascenseur permet les gratte-ciel et la densification.

 

La compagnie d’assurances Sun Life quitte la vieille ville pour s’installer au 1155 Metcalfe en 1918 au Square Dorchester. Les travaux débutent en 1913. Lors de son inauguration, les ascenseurs sont opérés par des « liftiers ». Pendant la 2e guerre mondiale, des femmes s’occuperont de cette tâche jusqu’en 1969 où les ascenseurs deviennent automatiques. Agrandi à deux reprises en 1926 et en 1933. À ce moment, il est le plus grand édifice du Commonwealth avec ses 26 étages. La cafeteria de l’édifice est ouverte en 1930 où l’on y sert 2500 repas à la fois! L’édifice est au cœur d’une opération secrète lors de la 2e guerre mondiale nommée « Fish » : La réserve d’or et de titres étrangers du Royaume-Uni est empaquetée dans des caisses identifiées «fish » (poisson) pour être expédiée par navire au Canada. Une partie de ce trésor est conservé dans la chambre forte de l’édifice Sun Life gardée jour et nuit par la Gendarmerie royale du Canada. Le siège social quitte pour Toronto en 1978 en réaction à la loi 101.

 

Dans l’est, l’immeuble Dandurand est érigé au 360 Sainte-Catherine est en 1912. Il est le premier de plus de dix étages à l’est du boulevard Saint-Laurent. Ucal-Henri Dandurand est un prospère homme d’affaires montréalais. On lui doit la création de la Ville de Rosemont.  Il est le premier à circuler en automobile à Montréal en 1903. Il est né d’un père francophone et d’une mère anglophone, Rosa Phillip. Il honore sa mère avec « Rosemont ». Le bâtiment est typique des gratte-ciel de cette génération. La façade est divisée en trois sections : Les premiers étages possèdent de grandes vitrines. Les étages qui suivent ont des fenêtres plus étroites, plus rapprochées et plus régulières. Les derniers étages marquent une rupture dans avec des lignes horizontales et les fenêtres sont plus décorées.

 

 

L’édifice Canada Cement s’installe au Square Phillips en 1930 au 606 Cathcart. La façade de l’édifice est aussi composée en trois sections.

 

 

L’édifice Labelle est construit en 1910 au 209 Sainte-Catherine est qui accueilli au RDC la chaîne Musique Plus et qui est devenu le Pavillon Sainte-Catherine de l’UQAM.

 

Édifice Coronation – 1391-1397 Sainte-Catherine ouest – 1912

 

Édifice Drummond – 1111 Sainte-Catherine ouest – 1914

 

Banque de Montréal – 950 Sainte-Catherine ouest – 1889

 

Édifice de la Confédération – 770 Sainte-Catherine ouest – 1928

 

L’immeuble du Dominion Square (1010 Sainte-Catherine ouest) est érigé en 1929 par la firme d’architectes Ross et McDonald. Le plus grand immeuble à bureaux au Canada à ce moment. Il possède deux façades, douze étages et quatre en souterrain.  Son originalité tient aussi à ses boutiques et ses escaliers mobiles en bois. Son nom provient de l’ancienne appellation d’origine du Square Dorchester. Le journal The Gazette loge y loge.

 

Édifice Blumenthal érigé au 305-307 Sainte-Catherine ouest en 1910. Il loge de la confection et vente de vêtements. Elle se distingue avec sa façade en terre cuite vitrifiée.

 

Édifice Jacobs – 450 Sainte-Catherine ouest – 1909 – Atelier de confection de vêtements

 

Édifice Belgo – 372 Sainte-Catherine ouest – 1912 – Il loge le grand magasin Scroogie et les espace en surplus étaient occupés par des ateliers de confection.

 

L’emplacement du Théâtre Maisonneuve est sur l’emplacement de l’ancien édifice Kellert érigé en 1910 qui logeait un atelier de confection.

 

En 1905, l’édifice du Journal d’allégeance libéral, La Patrie, est érigé au 182 Sainte-Catherine est. La Patrie a été fondée par Honoré Beaugrand en 1879. Le journal en était à son quatrième emplacement et était auparavant dans la vieille ville. Il disparaît à la fin des années 1960.

 

Lors des années 1950, la rue Sainte-Catherine est congestionnée. On double la rue Dochester (René-Lévesque) pour y remédier, mais c’est insuffisant. En 1966, la rue devient à sens unique et la circulation dans l’autre sens est redirigée sur Maisonneuve.

 

 L’accès au centre-ville sera facilité par l’arrivée du métro en 1966. La ligne verte de Frontenac à Atwater suite la rue Sainte-Catherine. Elle passe sous Maisonneuve : on a tiré de l’expérience des travaux du métro de Toronto qui avaient obligé la fermeture de la rue Yonge.

 

La Grande Crise et la 2e guerre mondiale arrêtent le développement du nouveau centre-ville. Le milieu des années 1950 sera celui des projets majeurs. Mais, il s’agit aussi de la disparition des maisons luxueuses. La demande d’espace à bureaux augmente dans une économie en croissance. C’est la période de modernisme avec une architecture moderne, climatisation, ascenseurs, magasins et boutiques en RDC, stationnements souterrains…

 

L’accès à la rue Sainte-Catherine en automobile  se fait par René-Lévesque.

Plusieurs gratte-ciel s’érigent sur René-Lévesque comme la Place Ville-Marie qui la confirmation de l’arrêt de mort du vieux centre-ville.

 

La Place Ville-Marie est inaugurée en 1962. En forme cruciforme et de 43 étages. On y trouve des galeries marchandes. Un couloir l’a relié au Reine-Elizabeth et à la Gare Centrale…c’est la naissance de la ville souterraine.

 

L’unilinguisme anglophone de la rue Saint-Catherine ouest est devenu inacceptable au temps de la période de la Révolution Tranquille.

 

Culture…

 

En 1878, l’Hôtel Windsor (1170 Peel) est inauguré. L’édifice de style Beaux-Arts est parmi les premiers grands hôtels au Canada. Conçu pour affirmer le dynamisme de la ville, il est situé tout près de la Gare Windsor (ouverte en 1889) pour accueillir les voyageurs. Des voyageurs dont des célèbres comme Sarah Bernard, la Reine Elizabeth et Mark Twain. La Ligue Nationale de Hockey avait l’habitude d’y tenir ses réunions. D’ailleurs la fondation de la LNH y fut décidée. L’Hôtel Windsor se donne la Salle Winsor (1300 places) pour les spectacles. L’hôtel ferme ses portes en 1981 pour devenir un immeuble d’affaires.

 

 

Le Monument National est inauguré en 1893 avec ses 1400 places devient un haut lieu du théâtre francophone et yiddish.

 

Une première salle dédiée exclusivement au cinéma est ouverte en 1906 : le Ouimetoscope d’Ernest Ouimet à l’angle Sainte-Catherine et Montcalm.

 

 

Le Cinéma Impérial est ouvert en 1913 au 1430 de Bleury. La décoration a été faite par Emmanuel Briffa qui décoré plusieurs salles de spectacles et de cinéma comme le Granada (Théâtre Denise-Pelletier), le Château, le Rivoli, Outremont... On y présente des spectacles de Vaudeville et de burlesque. Ernest Ouimet le loue pour des projections de films. L’Impérial compte 2400 places. Il est classé bien patrimonial culturel en 2012.

 

Plus récemment, le Cinéma de Paris est en exploitation de 1968 à 1994 au 896 Sainte-Catherine ouest. Et tout à côté, on trouvait depuis 1927, le restaurant Dunn’s au 892 Sainte-Catherine ouest. Il quitte en 1998 pour s’installer en 2000 au 1249 Metcalfe. Fondé par Myer Dunn, il fait partie des incontournables pour le fameux « smoke meat ».

 

Le restaurant Da Giovanni ouvre ses portes au 572 Sainte-Catherine est en 1954. Visionnez le clip d’une publicité : https://www.youtube.com/watch?v=ZMSt1schTjI

 

L’éclairage nocturne de la rue Sainte-Catherine révèle la vivacité des activités qu’il y avait.

 

La prohibition américaine de 1920 à 1933 aura des répercussions à Montréal. Les américains et les artistes américains viennent se divertir fermement dans les débits d’alcool de Montréal. C’est la période de l’éclosion des boîtes de jazz.

 

Au 94 Sainte-Catherine est, on trouvait la fameuse boîte de nuit, le Casa Loma. L’actuel emplacement du club 281.

 

La pègre règne sur les boîtes de nuit, maisons de jeux et de prostitutions jusqu’aux années 1950…jusqu’à l’arrivée du maire Jean Drapeau qui fait raser le Red Light où sera érigé ensuite les Habitations Jeanne-Mance.

 

 

À l’intersection Sainte-Catherine et Saint-Urbain ouvre en 1912 le « Gayety » où l’on y offre Vaudeville et burlesque. On change de nom pour le « Mayfair » où l’on y présente des films. Redeviens le « Gayety » où l’on y offre des prestations d’effeuilleuses dont la mythique Lili Saint-Cyr. En 1953, Jean Grimaldi en fait l’acquisition et devient le « Radio City ». Renommé la « Comédie Canadienne » suit à l’achat par Gratien Gélinas en 1956. En 1972, le Théâtre du Nouveau Monde s’y installe. En 1997, le TNM subit des grands travaux de modernisation.

 

En 1934, un groupe d’hommes d’affaires francophones avec la Ville de Montréal créent la Société des Concerts symphoniques de Montréal qui deviendra l’Orchestre Symphonique de Montréal en 1954. Les concerts avaient lieu à l’auditorium de l’École du Plateau au cœur du Parc Lafontaine.

 

On procède à la démolition de l’institut Nazareth et de l’édifice Kellert pour l’érection de la Place des Arts en 1967. La salle Wilfrid-Pelletier de 3000 places est inaugurée en 1963 et deviendra la maison de l’OSM. La salle Maisonneuve comprend 1460 places et la salle Port-Royal en compte755 places. Depuis 2011, l’OSM à la nouvelle Maison Symphonique. La Place des Arts a nécessité l’expropriation et la démolition d’environ 30 bâtiments.

 

               Inauguration de la Place des Arts                                Ancien Institut Nazareth

 

À la fin des années 1960, un déclin s’amorce à Montréal en raison de plusieurs facteurs : Désindustrialisation; délocalisation de sièges sociaux à Toronto; la Grande-Bretagne adhère au marché européen en 1973 et le Canada perd un débouché pour son blé. Causant une chute des activités portuaires… Ce qui annonce des années anémiques pour la rue Sainte-Catherine.

Les banlieues se donnent des centres commerciaux et plusieurs consommateurs délaissent la rue Sainte-Catherine. Les banlieues développent aussi leurs propres complexes de cinémas munis de stationnement gratuit.

 

Montréal retrouve une croissance lors des années 1990 grâce à une économie du savoir, des technologies et la culture.

 

Le Complexe Desjardins est érigé en 1976. Il symbolise l’essor économique des canadiens français. Le complexe comprend quatre tours à bureaux. Il est relié par un passage souterrain à la Place des Arts. Le complexe est un ensemble multifonctionnel avec ses espaces à bureaux, un hôtel, centre commercial, centre de congrès…  Son espace tourne alentour de sa place centrale agrémentée d’une fontaine à jets d’eau.

 

Les Promenades de la Cathédrale sont inaugurées en 1988. Elles sont intégrées au Montréal souterrain.

 

Le Centre Eaton (705 Sainte-Catherine ouest) ouvre en 1991. Le centre commercial est relié au Montréal souterrain et un passage sous Mc Gill College se rend à la Place Ville-Marie.  Lors de la faillite de Eaton en 1999 et devient le Complexe des Ailes de la mode en 2002. On y trouve plus de 200 boutiques, restaurants et services. Il reçoit environ 28 millions de visites par an.

 

Le Métropolis (MTelus) ouvre ses portes en 1987, au 59 Sainte-Catherine est, dans un édifice qui a été le Théâtre Français puis le cinéma « Eros ».

 

Création de l’UQAM en 1969. Ouverture des pavillons Judith-Jasmin et Hubert-Aquin à l’angle Sainte-Catherine et Saint-Denis en 1979.

 

En 1983, c’est l’ouverture du temple de l’underground montréalais, les « Foufounes électriques » au 87 Sainte-Catherine est. Le bar a fermé en 1994 ses portes suite à des ennuis financiers et aux descentes policières. Un nouveau propriétaire reprend le bar et ses activités reprennent. Il est l’épicentre de la culture punk, gothique et alternative. Plusieurs artistes de renommée s’y sont produits : Nirvana,  Groovy Aardvark, Smashing Pumpkins… Maintenant, le bar est un paradoxe : il est underground et populaire au point qu’il est devenu une attraction touristique. On le compare souvent au célèbre  CBGB de New York.

 

On crée la Musée d’Art Contemporain en 1992.

 

L’Esplanade de la Place des Arts est érigée en 1995.

 

La rue Sainte-Catherine est devenue la rue des festivals : Festival de Jazz, Festival Juste pour Rire, Francopholies, Montréal en lumières… Elle en est l’épicentre. On planifie et réorganise l’espace : c’est la naissance du Quartier des Spectacles. On inaugure une Place des Festivals sur la rue Jeanne-Mance entre Sainte-Catherine et Maisonneuve.

 

Le Festival de Jazz existe depuis 1980. Il s’est tenu sur le site de Terre des Hommes, puis sur Saint-Denis et maintenant sur Sainte-Catherine. L’Édifice Blumenthal devient la « Maison du Festival de Jazz ».

 

Le Quartier des Spectacles inauguré en 2009 s’étend de la rue Berri à l’est, jusqu’à City Councillors à l’ouest puis Sherbrooke au nord et René-Lévesque au sud.

 

Les Faubourgs Sainte-Catherine (1616 Sainte-Catherine ouest) sont inaugurés en 1986 dans un ancien garage!

 

La rue Sainte-Catherine est restée anémique entre les rues Clark et Sanguinet malgré l’installation du campus de l’UQAM qui a redonné un peu de vie.

 

La Place Émilie-Gamelin est en l’honneur de la fondatrice des Sœurs de la Providence. Elles  étaient installées depuis 1842 dans ce quadrilatère jusqu’à la démolition de leurs bâtiments, dont l’asile pour indigents en 1962 pour la construction de la station de métro Berri-de Montigny. L’espace devient un stationnement par la suite. La place est aménagée en 1992.

 

 

Le Quartier gai s’étend de la rue Saint-Hubert dans la partie sud des quartiers Saint-Jacques et Sainte-Marie. Il s’agit d’un ancien quartier ouvrier qui a subi la désindustrialisation. Au début du 20e siècle, on souhaitait en faire un centre-ville francophone avec Dupuis Frères et l’Édifice Dandurand. Lors des années 1950, le projet de la « Cité des ondes » de Jean Drapeau prend forme avec l’installation de Télé-Métropole (TVA) en 1960, de Radio-Québec (Télé-Québec) en 1968 et de Radio-Canada en 1971. L’arrivée d’une population homosexuelle est au début des années 1970. Cet attrait est redevable aux prix peu élevés des logements et à son accessibilité avec l’ouverture de la station de métro Beaudry. Un premier noyau de la communauté gaie existait sur Saint-Laurent jusqu’au milieu des années 1970. Une descente policière en 1977 où 144 hommes sont arrêtés et crée le déclin de la communauté gaie dans l’ouest. L’actuel quartier gai offre sécurité. Les lieux deviennent lieux de rencontres. Commerces pour et par la communauté. La piétonnisation de la rue Sainte-Catherine en 2008 contribue à sa revitalisation.

 

Décembre 2020

 

Références bibliographiques et iconographiques :

- « La rue Sainte-Catherine. Au cœur de la vie montréalaise » par Paul-André Linteau

- BANQ

- Archives Ville de Montréal

- Wikipédia

- Image Montréal

- Musée McCord