LE BOULEVARD GOUIN ET LA RIVIÈRE DES PRAIRIES: UN COUPLE PARFAIT

Aux yeux du contemporain, le boulevard Gouin ressemble à un chemin de campagne en raison de sa petite largeur, de la présence des maisons anciennes et de la nature. La présence de la rivière attire à partir du milieu du 19e siècle jusqu’aux années 1940 plusieurs citadins en quête d’espaces verts et d’air pur. Plusieurs chalets, maisons bourgeoises de villégiatures, des hôtels et plages s’établissent sur ce chemin à proximité de la rivière.

Les biens faits de l’air pur et de la nature attirent également le milieu institutionnel : collèges, hôpitaux, prison… On croit que ce milieu aura un effet bénéfique sur les esprits et la santé.

L’Ordre des Dames du Sacré-Cœur voué à l’éducation des jeunes filles est créé en 1800. Monseigneur Ignace Bourget rencontre en France la fondatrice et la directrice de l’ordre Madeleine-Sophie Barat. Il réussit à la convaincre de venir au Canada. Elles s’établissent en premier à Saint-Jacques-de-l’Achigan en 1842. Puis elles déménagent à Saint-Vincent-de-Paul en 1846. Le curé du Sault-au-Récollet de 1841 à 1870, Jacques-Janvier Vinet achète deux terres pour les offrir aux Dames du Sacré-Cœur afin qu’elles s’y installent. En 1856, elles décident de venir s’installer au Sault-au-Récollet. Elles s’installent dans une maison qui deviendra l’externat et qui fut la proie des flammes en 1997 puis qui est depuis tristement en ruines. Il s’agissait d’une maison d’un étage à l’origine et on y ajoutera un étage. On construit une aile côté est en 1864 et une autre du côté ouest en 1910.

Elles font construire un pensionnat de style néo-gothique qui est ouvert en 1858. Ce pensionnat nous rappelle la renommée outre frontière de l’enseignement des Dames du Sacré-Cœur. Plusieurs célébrités y étudient : la fameuse cantatrice Emma Lajeunesse alias Albani, Thérèse Casgrain et la fille du président des États Confédérés Jefferson Davis… Le pensionnat est lui aussi la proie des flammes en 1929. On reconstruit huit ans plus tard en incluant certaines parties en pierre de l’ancienne structure.

 

 

Le curé Jacques-Janvier Vinet achète près du boulevard Henri-Bourassa et de l’avenue Papineau où l’on trouve le collège Mont-Saint-Louis la terre d’Olivier Berthelet afin de l’offrir aux Dames du Sacré-Cœur. Elles refusent et iront sur le site actuel de l’école Sophie-Barat. Ce sont les Jésuites qui décident d’y établir un noviciat qui sera prêt en 1853 : la maison Saint-Joseph. Il s’agit de la section centrale qui supporte un clocheton. Il s’agit du plus vieux bâtiment institutionnel sur le territoire du Sault-au-Récollet. Le bâtiment évolue et s’agrandit à travers le temps par l’ajout d’ailes. La propriété à l’époque s’étend du boulevard Gouin jusqu’à la rue Charland. L’établissement du tramway sur Henri-Bourassa, la construction du chemin fer près de Charland et l’urbanisation font perdre la quiétude des lieux. Les Jésuites quittent le Sault-au-Récollet en 1962. Le Mont-Saint-Louis s’y installe en 1969.

 

 

À l’endroit où se trouve le CHSLD Laurendeau, les frères de Saint-Gabriel viennent s’y établir en 1891. Le bâtiment disparaît en 1965.

 

Le ministère de la Justice du Québec croyait que les lieux permettraient de réformer esprits. La prison du Pied-du-Courant qui loge aujourd’hui le siège social de la SAQ devient vétuste et trop petite. Le temps est venu de la remplacer. Le gouvernement libéral d’Honoré Mercier achète des terres dans le village de Bordeaux en 1891. La construction débute en 1908 et se termine en 1912. Charles-Amédée Vallée qui est le dernier gouverneur de la prison du Pied-du-Courant et le premier de celle de Bordeaux voyage aux États-Unis et en Europe afin d’étudier les divers régimes carcéraux. Pour l’architecture, il s’inspire de la prison de Saint-Gilles de Bruxelles en Belgique. La forme étoilée avec ses cinq ailes permet de répartir les détenus selon leur âge, s’ils sont récidivistes, des prévenus en attente d’un procès, problèmes de santé mentale, etc. L’architecte Jean-Omer Marchand dirige les travaux. Les habitants de Bordeaux sont outrés de découvrir que les prisonniers « bénéficient » d’une commodité qu’eux n’ont pas à la maison : des toilettes munies de chasses d’eau! Le scandale des toilettes qui « flushent »!

 

En face de la prison de Bordeaux, on retrouve le premier centre de soins de longue durée pour aîné au Québec : l’hôpital Notre-Dame-de-la-Merci. L’œuvre Notre-Dame-de-la-Merci est créée en 1915 par Achille David entrepreneur en construction. Le journaliste Olivar Asselin le qualifiait de « communiste chrétien »! David accueillait les aînés démunis et malades dans un refuge de la rue Saint-Paul. Olivar Asselin l’assistera dans sa mission. Le refuge déménage et s’installe sur le bord de la rivière des Prairies dans un nouveau bâtiment qui ouvre ses portes en 1932. L’édifice est érigé par le même architecte que la prison de Bordeaux : Jean-Omer Marchand. Les soins sont prodigués par les frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu. En 1957, les Servantes de Marie-Immaculée leur succèdent.

 

Les flammes rasent l’Hôpital des Incurables le 15 mars 1923 qui était situé sur le boulevard Décarie dans Notre-Dame-de-Grâce. Les sœurs de la Providence qui gèrent cet hôpital achètent des terres dans Cartierville pour y construire un nouveau : L’hôpital du Sacré-Cœur ouvre ses portes en 1926. L’édifice est l’œuvre des architectes qui réalisent l’Oratoire Saint-Joseph : Joseph-Dalbé Viau et Louis-Alphonse Venne. La mission de l’hôpital à ses origines est d’accueillir des malades pauvres et incurables : cancéreux, tuberculose, invalides et autres indigents n’ayant aucun espoir de guérison. La présence de grands balcons dans les ailes de l’hôpital nous rappelle que l’air pur et bénéfique de Cartierville apportait réconfort aux tuberculeux. L’hôpital du Sacré-Cœur devient hôpital général en 1954. Le docteur Norman Bethune est recruté en 1933. Il crée un service de chirurgie pulmonaire et de bronchoscopie. Il quitte en 1936 pour aller soigner les soldats républicains lors de la guerre civile espagnole.